Les petits métiers Malgaches

Madagascar

Artisanat : le grand espoir des petits métiers

(SYFIA-Madagascar) L'artisanat nourrit presque la moitié de la population malgache. Pourtant, ce secteur largement informel a toujours été considéré comme secondaire. Mais les choses pourraient changer...

Forgeron, menuisier, briquetier, vannier, brodeuse, sculpteur sur bois, bijoutier... A Madagascar, en ville comme dans les campagnes, l'artisanat qu'il soit de service ou d'art est roi. Il fournit aux Malgaches les mille et uns ustensiles courants dont ils ont besoin et aux touristes des objets-souvenirs, souvent pour une bouchée de pain. Au bilan, il fait travailler un million de personnes et nourrit presque la moitié de la population. L'extrême variété des matières premières de la Grande Ile, associée à l'habileté des Malgaches, est un atout incontestable pour l'artisanat qui assure 20 % du produit national brut du pays. Pourtant, malgré son importance, ce secteur a toujours été considéré comme secondaire et allant de soi. Aucune loi ne régissant encore ce parent pauvre de l'économie, 70 % des artisans se débrouillent comme ils le peuvent, dans l'informel. La plupart n'ont pas assez de moyens pour développer leur activité. Leur production s'en trouve donc limitée, en qualité et en quantité, et les exportations aussi. Bertrand et Martin, deux jeunes paysans de la région de Fianarantsoa, sont dans ce cas. Sans moyens pour étendre leur atelier de poterie, ils se voient obligés de refuser des commandes fermes en provenance de l'île de la Réunion. De leur entreprise, BerMa, sortent depuis 1989 toutes sortes d'objets : statues, ustensiles de cuisine, objets de décoration... Chaque pièce se vend entre 2000 et 500 000 Fmg (600 FF). Bien coté pour son style original et sa bonne qualité artistique, BerMa reçoit environ un million de francs (1250 FF) de commandes par mois. Plus que l'atelier peut en produire ! Les deux jeunes potiers contournent actuellement la difficulté en fabriquant des pièces uniques haut de gamme. "On peut dire que Madagascar est un pays d'échantillons", ironise Bertrand. Emprunter serait une solution mais il ne faut pas trop y compter car à Madagascar "l'artisanat n'est pas bancable". Les banques n'ont aucune confiance dans ce secteur. Informel, il ne leur offre pas assez de garanties. Quant aux remboursements, ils sont trop aléatoires à leurs yeux, compte tenu des faibles revenus de ces petits métiers.

Se regrouper pour vendre

L'artisanat malgache souffre d'un autre handicap aggravé par l'insularité : le manque de débouchés. A qui vendre tous ces objets ? Comment toucher les clients ? Mamy Harivelo Rajanason fabrique à Antsirabe des jouets miniature à partir de matériaux recyclés. En 1987, après avoir terminé ses études universitaires sur un échec, il est rentré chez lui. Marié, chômeur avec trois enfants à charge, il a commencé à fabriquer quelques vélos tout-terrain, des chaises à porteurs et des pousse-pousse petit modèle avec du câble électrique, des boîtes métalliques, du caoutchouc et du fil de fer provenant de vieux pneus... Des débuts difficiles jusqu'à ce que sa mère, qui travaille dans un grand hôtel d'Antsirabe, lui ouvre un nouveau marché. Le patron de l'établissement lui a permis d'exposer ses articles dans ses vitrines. Les touristes ont été séduits. Depuis, il ne s'en sort pas trop mal avec 20 articles par mois en moyenne. "Chaque vélo vendu à 8000 Fmg (10 FF) nourrit quotidiennement dix personnes", explique-t-il. Mais le métier n'est pas de tout repos. Quand les touristes affluent, de mai à octobre, Mamy travaille presque 16 heures par jour pour livrer 60 jouets par mois. Le reste de l'année, il n'a presque pas de clients. "Le travail demande trop de temps mais rapporte peu d'argent, confirme Hanitra, une brodeuse. Une nappe de table nous accapare pendant une vingtaine de jours, mais nous assure seulement une semaine de vivres." se plaint-elle. Comme les autres artisans de cette ville d'eau, Mamy ne bénéficie d'aucune sécurité : ni garantie de l'emploi, ni perspective d'une retraite, ni congés, ni assistance médicale. Pour écouler ses oeuvres, Naivo, un sculpteur, a trouvé un autre filon : les vazaha (européens). Femmes de coopérant ou d'ambassadeur se chargent de la promotion de ses oeuvres. Dans la région d'Antsirabe, pour toucher les clients mais aussi gagner la confiance des financiers, les artisans se sont regroupés en associations par spécialité : marqueterie, corne travaillée, batik, lapidaire... Chaque groupement dispose d'un point de vente au centre-ville où les membres mettent en dépôt leurs articles. Ceux-ci sont libres de fixer leurs prix mais ils doivent reverser 15 % des gains pour le fonctionnement de l'association. Selon Manalintsoa Zafimpanana, le président du groupement des artisans d'art d'Antsirabe (G3A), les touristes constituent 99 % de leurs clients. La vente globale atteint mensuellement 10 000 FF. Membre actif du G3A, Mamy fait remarquer que cette formule permet aux petits paysans de vivre pendant la morte saison.

Formaliser l'informel

Afin de donner une bouffée d'oxygène à l'artisanat, le ministère de l'Industrie et de l'Artisanat a mis en place deux organismes d'appui aux initiatives des artisans : ADEVA (Action pour le développement de l'artisanat) et ADEFI (Action pour le développement et le financement de l'artisanat). Leur mission : encadrer, former mais aussi financer les artisans dans la gestion de leur métier. En 1996, le gouvernement a présenté un projet de loi sur l'artisanat, une Chambre de métiers a été créée ainsi qu'un fonds national de développement du secteur. La balle est maintenant dans le camp de l'Assemblée nationale pour une éventuelle adoption. Si cette nouvelle attitude des pouvoirs publics motive certains artisans, l'application de ces textes n'ira pas sans difficulté pour la plupart car elle implique un profond changement de mentalité. Les artisans malgaches font leur métier depuis des années sans le moindre appui de l'Etat. Ils sont si nombreux que simplement les identifier et les recenser relève de l'exploit. Peu informés et peu instruits beaucoup d'entre eux voient mal quels avantages ils tireraient d'une reconnaissance légale. Pour Ragaby, un vieux soudeur qui compte une quarantaine d'années d'expérience, se déclarer signifie impôts et perte de temps. Bref, une démarche à éviter ! En outre, une peur bleue de l'administration empêche la plupart de ces gens simples de se présenter devant l'autorité compétente. Mais selon le directeur le l'artisanat, Gaston Ramaroson, la légalisation de l'artisanat est un passage obligé pour relancer le secteur, avec à la clef la création d'un label "made in Madagascar". La directrice de communication de l'ADEVA, Emma Razafintseheno, ne partage pas ce point de vue. Elle craint à l'inverse cela décourage une branche d'activité qui occupe une place prépondérante dans l'économie malgache. "Les petits artisans, dit-elle, ne vont jamais s'inscrire, quitte à perdre leur emploi. Si l'artisan nourrit sa famille, il nourrit le pays", affirme-t-elle, rappelant ainsi que beaucoup de sociétés, y compris de grandes industries, sous-traitent des services auprès des artisans. Cette divergence de vues au plus haut niveau entravera-t-elle le développement de cette branche qui ne demande qu'à pousser ? L'artisanat, selon certaines études, pourrait devenir la troisième richesse du pays, derrière les mines et la pêche.
Les malgaches fabriquent avec des matériaux de récupération toutes sortes de petits objets (ex: voitures miniatures, motos, avions...) tout pour amuser les grands comme les petits.
Ils réalisent grâce au tissage, des sacs appelés "sobika".
Ils réalisent en corne de zébu, des couverts à salade, cuillères, bijoux...
Ils taillent dans le bois (ébène ou palissandre) des petits animaux... ils le font aussi avec des pierres semi-précieuses (ex: ci-dessous).
Ils fabriquent des jeux de sociétés (ex: le boulier)...
Bijoux malgaches...

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